Mondial-2022 : le Qatar fabrique ses stars

Qualifié d’office pour ce qui sera probablement son premier mondial, le Qatar veut éviter le ridicule sur le terrain en 2022 en fabriquant ses futures stars. Le moyen d’échapper à un potentiel scénario-catastrophe.

Fondée en 2004, l’académie Aspire symbolise le souhait du Qatar de miser sur la formation d’excellence. Considérée comme l’une des meilleures académies sportives de la planète, dotée d’équipements ultramodernes et bénéficiant d’un personnel parmi les plus qualifiés, cette pépinière doit faire sortir les stars de demain. Grâce à un programme de sélection sur les cinq continents, Aspire a fait passer en détection plus de 550.000 adolescents.

Pour diriger cette académie, la tâche a été confiée à Ivan Bravo, ex-directeur de la stratégie au Real Madrid. Son projet consiste à essayer de produire des joueurs de calibre international dans un si petit pays qui peine à exister en Asie. Mais il subsiste deux difficultés principales :

  • une population de 300 000 Qataris, ce qui limite le réservoir de talents ;
  • des conditions climatiques qui ne facilitent pas la pratique du football de haut niveau : 50 degrés en été et un taux d’humidité en permanence autour de 75%. Ce qui est même dangereux pour la santé.
Des jeunes Qataris à l'entrainement de l'académie Aspire.

Des jeunes Qataris à l’entrainement de l’académie Aspire.

Sa stratégie consiste à se concentrer sur les 14-18 ans, future “colonne vertébrale” de l’équipe nationale qatarie. Et pour cela, sa méthode est simple : multiplier les contacts avec les meilleurs, et toujours y croire, comme l’illustrent les propos d’Ivan Bravo à l’AFP :

Il faut choisir les bons joueurs et les entraîner tous les jours en les faisant jouer avec d’autres bons joueurs. […] Les gamins du Real Madrid, Barcelone, Manchester United ou le Bayern Munich se succèdent donc dans l’émirat. Ca nous fournit l’environnement de compétition adéquat pour poursuivre notre développement

Quant à la taille du pays et la faiblesse du réservoir de talent, Bravo ne semble pas déstabilisé. Il conçoit même que ce que nous présentons comme une faiblesse est en réalité une véritable force :

C’est un petit pays, donc c’est plus facile de vraiment canaliser les ressources et de fixer des priorités […]. Vous voyez beaucoup de résultats tangibles.

Dans le dôme géant climatisé qui accueille l’académie Aspire, une citation de Pelé s’inscrit en lettres géantes derrière l’un des buts du terrain de football synthétique : « Success is no accident… ». Sur les pelouses de l’académie, des gamins de tous âges s’entraînent sous l’égide de coaches étrangers et le regard de parents enfiévrés. L’académie est un joyau, un immense complexe dédié à la performance. Si l’émirat investit à tour de bras dans les évènements sportifs et les clubs européens, il veut donc aussi exister sur le terrain.

L'équipe nationale du Qatar, qui comprend plusieurs joueurs naturalisés, notamment des Sénégalais et des Brésiliens, le 6 septembre 2011

L’équipe nationale du Qatar, qui comprend plusieurs joueurs naturalisés, notamment des Sénégalais et des Brésiliens, le 6 septembre 2011

Des prestations moyennes sur la sphère internationale 

Les enjeux de l’académie Aspire sont donc importants pour le Qatar, classé à la 103ème place du dernier classement FIFA  (en date du 19 décembre 2013). L’équipe nationale de football du Qatar n’a jamais pu se qualifier pour une phase finale de coupe du monde.  Et c’est raté pour le Mondial 2014 : au 4e tour des qualifications, le Qatar a perdu cinq matches sur huit, finissant 4e d’un groupe où il affrontait l’Iran, la Corée du Sud, l’Ouzbékistan et le Liban.

L’objectif affiché du cheikh Hamad Bin Khalifa Bin Ahmed Al Thani (président de la fédération qatarie de foot) de participer à une édition de la coupe du monde avant 2022 s’avère donc compliqué… Il ne restera donc que le Mondial 2018. Il faut dire que le niveau de la sélection nationale actuelle est souvent comparé à un club de Ligue 2 moyen, comme l’a affirmé Gilles Albert, qui revient de quatre ans à Al-Wakrah en tant que responsable technique jeune.

Toutefois, le vent souffle dans le bon sens. En 1981,  les moins de 20 ans ont fini deuxièmes de la Coupe du monde junior, perdant en finale contre l’Allemagne de l’Ouest. Récemment, les moins de 16 ans ont écrasé Mönchengladbach 7 à 1 et l’équipe nationale des moins de 19 ans a battu le Brésil des moins de 20 ans.

La formation comme substitut à la naturalisation 

Mais cette stratégie de la formation d’excellence est loin de faire taire les sceptiques qui affirment que l’émirat n’existera jamais sur la planète football, quels que soient ses investissements pharaoniques. Toujours selon les sceptiques, le seul moyen pour le Qatar d’exister reste de naturaliser des étrangers qui évoluent dans le championnat qatari. Mais selon Ivan Bravo, “personne n’obtiendra de passeports”. Et s’il s’autorise d’avance une ou deux exceptions, il rappelle que l’Espagne tend les bras à l’attaquant de l’Athletico Bilbao né au Brésil, Diego Costa.

Pourtant, depuis le début des années 2000, c’est une stratégie de naturalisation de joueurs, notamment brésiliens, qui a animée le petit Etat. Ce qui s’illustre par les origines très diverses de la sélection cosmopolite qatarienne. Pour s’en convaincre, il suffit d’observer la carte des origines des joueurs naturalisés appelés à l’équipe nationale du Qatar entre 2008 et 2010. Mais ces abus ont provoqué un durcissement des réglementations de la FIFA dès 2006.

Après l’organisation d’événements mondiaux, l’investissement massif dans la formation des jeunes est donc à la base de l’objectif de compétitivité sportive de l’équipe nationale. C’est une vision stratégique à long terme du football que met en place le Qatar avec ce projet. 

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À propos Bryan Coder

Passionné de football et économiste de formation, je suis spécialiste en veille stratégique. Je mets à contribution mon profil de « veilleur-analyste » afin de décrypter les stratégies mises en place par les acteurs de l’économie du football pour assurer leur développement, leur compétitivité et leur attractivité.

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