L'Argentine s'est qualifiée en finale de coupe du Monde, elle disposera de 24h en moins de récupération que l'Allemagne, son futur adversaire.

Non, le temps de récupération n’est pas un facteur significatif

Depuis mercredi 9 juillet, on connait l’affiche de la finale du Mondial 2014, ça sera Allemagne – Argentine. Après la démonstration Allemande face au Brésil mardi, les Argentins se sont qualifiés au terme d’un match terne mais physiquement plein contre la très bonne équipe des Pays-Bas. Les joueurs d’Alejandro Sabella sont restés 120 minutes sur le terrain et ont obtenu leur ticket lors de la séance des tirs au but. Cela a fait dire aux commentateurs du match, sur la chaîne Bein Sport, que dimanche l’Allemagne aura un avantage physique : elle a joué 24 heures avant l’Argentine et n’est restée que 90 minutes. Peut-on véritablement considéré, à un tel niveau de professionnalisme, que la récupération est une variable significative dans l’explication des performances ?

D’après les économistes Bastien Drut et Richard Duhautois, qui, dans leur livre « 20 questions improbables sur le foot », ont étudié l’impact du nombre de matchs sur les performances et le niveau des joueurs, la récupération n’a rien à voir. Au contraire, cette dernière n’influence pas la physionomie des matchs. Ils citent les études réalisées par le chercheur Italien Vincenzo Scoppa, de l’Université de Calabre.

Ce dernier a analysé tous les matchs de la coupe du Monde et de la coupe d’Europe depuis, respectivement, 1930 et 1960, et s’est demandé si les équipes ayant disposé de plus de jours de récupération avaient gagné plus souvent. A partir de 19 coupe du Monde et 14 Euros, toutes choses égales par ailleurs, la différence de jours de récupération ne joue pas entre les deux équipes.

Avoir 5 jours de pause pour l’Allemagne et seulement 4 jours pour l’Argentine, qui a joué 120 minutes, ne devrait pas altérer les performances et renforcer un déséquilibre compétitif. Ce résultat vient donc infirmer une croyance collective sur la récupération : non, la différence ne joue pas sur le niveau.

Non, l'Allemagne n'aura pas un avantage face à l'Argentine en ayant 1 jour de plus de récupération.

Non, l’Allemagne n’aura pas un avantage face à l’Argentine en ayant 1 jour de plus de récupération.

Mais comment peut-on expliquer ce phénomène ? Drut et Duhautois citent le prolongement de l’étude de Scoppa en montrant que ce dernier s’est amusé à observer l’impact de la récupération avant 1995 et après 1995, soit avant l’arrêt Bosman et après, réforme qui marque la libéralisation et la professionnalisation du football moderne. Ses résultats sont bouleversés. En effet, avant 1995, la récupération était primordiale et 1 jour en plus ou 1 jour en moins altérait de manière significative les performances. Alors qu’après 1995, ce constat n’apparaît plus, il n’y a plus d’impact.

Pour Scoppa, bien que le niveau technique et physique des matchs aient augmenté, bien qu’il y ait eu une multiplication des rencontres, c’est le niveau de professionnalisme qui a crû de manière importante, les joueurs récupèrent bien plus vite qu’autrefois. La concurrence en hausse, entre les clubs et entre les joueurs, ont incité à une amélioration de la préparation physique, de la préparation médicale et ont bouleversé les déséquilibres compétitifs.

Aujourd’hui, on ne trouve plus d’excuse à jouer tous les 3 ou 4 jours. D’ailleurs, lors de l’Euro 2012, le sélectionneur Espagnol Vicente del Bosque, avant la demi-finale contre le Portugal, s’était insurgé contre l’iniquité entre les deux équipes : la Selecção das Quinas a eu trois jours de récupération, contre deux pour la sélection Ibérique. Cristiano Ronaldo lui avait répondu, en conférence de presse, que « les Espagnols se plaignent d’être désavantagés mais, en tant que professionnel, je pense que ceci n’est pas un facteur important ».

Bien lui en a pris puisque son équipe a perdu face à l’Espagne et cette dernière, malgré ses soi-disant contraintes de récupération, a remporté le trophée face à l’Italie. D’ailleurs, le sélectionneur Italien Cesare Prandelli a sorti la même excuse pour justifier sa défaite, « ils [les Espagnols] étaient plus frais physiquement, […] nous n’avons pas eu autant de jours pour récupérer ».

Les coachs feraient bien d’étudier les différentes études scientifiques pour comprendre que le temps de repos n’intervient pas dans l’explication des performances, les joueurs aujourd’hui sont à un tel niveau de professionnalisme, connaissent une préparation physique optimale et un suivi médical de pointe que cela n’altère pas le jeu et la fraîcheur.

Dimanche, lors de la finale Allemagne – Argentine, il n’y aura pas de déséquilibre compétitif, si les deux équipes se retrouvent en finale c’est qu’elles ont le niveau pour y être et 24 heures en plus ou 24 heures en moins, cela n’aura pas d’impact.

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